Eugène Daumas

Parents

Famille

Occupations

Distinctions

  • grand-croix de l'ordre de la Légion d'honneur (1857)

Notes

Cet officier de cavalerie a rempli des fonctions de commandement des troupes indigènes et d’administration, notamment à la tête des affaires d’Afrique ou affaires arabes.
Etudiant en médecine à Paris, avec son frère aîné. Peu porté sur l’étude et dissolu. Son père s’en inquiète et le pousse à être engagé volontaire en 1822, à l’âge de 19 ans, comme cavalier au 2e régiment de Chasseurs à cheval (devenu 2e de Lanciers), sous les ordres du colonel Bureau de Pusy, son oncle maternel.
Il devient sous-lieutenant au 2e régiment de chasseurs à cheval, à Amiens, le 3 janvier 1827. Il entre en 1829 à « l’Ecole royale de Cavalerie » de Saumur. Il en sort deux ans plus tard avec la mention : « sorti 3ème (...) ce numéro a été considéré égal au numéro 1, les deux premiers ayant été donnés à l’ancienneté ». Il accède au grade de lieutenant le 6 juillet 1831. Il est considéré par ses supérieurs comme « particulièrement apte à l’instruction » ; et comme un « bon serviteur, exact, zélé » (d’Arlanger, 1835). Il va faire ensuite sa carrière militaire dans les unités d’Afrique, et participer activement à la conquête de l’Algérie. Il est affecté en 1835 au 2e régiment de Chasseurs d’Afrique, qu’il rejoint comme capitaine instructeur. Il obtient sa première citation dès le 4 décembre 1835, suivie de la croix de chevalier de légion d’honneur (6 janvier 1836). Il va bénéficier du patronage de La Moricière et graviter dans l’orbite des premiers « Bureaux arabes ». Aussi, lorsque le traité de la Tafna est signé avec Abd-El-Kader, en 1837, il est nommé au poste délicat de consul à Mascara auprès de l’émir Abd-el-Kader. Il y passe deux ans (1837-1839), pendant lesquels il parfait son étude de la société algérienne, et notamment du système tribal de l’Ouest. En poste jusqu’en 1839, il rédige de nombreux mémoires où l’étude de l’Algérie est orientée dans trois directions : politique, topographique et statistique. Ces rapports sont directement adressés au gouverneur général, le Maréchal Valée, qui apprécie son intelligence et l’exactitude des renseignements politiques. Cette expérience inspirera à Daumas la théorie de l’administration indirecte qu’il mettra en pratique avec Bugeaud .
La rupture du traité de la Tafna va rendre Eugène Daumas à la carrière militaire, et administrative. Après quelques mois au Service des affaires arabes en Oranie, il est détaché auprès du gouverneur-général (1841). Sa connaissance de la langue, des mœurs, de la politique, du caractère des populations, de l’histoire et de la géographie du pays amènent le Maréchal Bugeaud à le nommer, dès le 16 avril 1841 à la tête des affaire arabes ou Bureaux arabes. Il va réorganiser cette administration et la diriger de 1842 à 1847, puis continuera de s’en occuper dans le cadre de ses fonctions administratives au gouvernorat général de l’Algérie jusqu’en 1850, puis à Paris, au Ministère de la Guerre (dont dépendent les « Affaires de l’Algérie » et le Service des Bureaux arabes), enfin au Ministère de l’Algérie et des Colonies. À l’activité de renseignement et d’observation, remarquée par les gouverneurs généraux successifs, s’ajoute une activité littéraire importante complétée par un certain nombre de publications dans le journal officiel de la colonie, le Moniteur Algérien. Cet aspect, rare pour un officier appartenant à la cavalerie, mérite d’être souligné. Il publie alors divers ouvrages, s’appuyant sur la masse d’informations dont disposaient les Bureaux arabes.
La particularité de la "carrière africaine" de Daumas réside principalement dans les positions occupées, proches de certains gouverneurs généraux notamment Valée et Bugeaud. De façon originale, il mène pour leur compte des missions de renseignement, parallèlement à ses affectations militaires successives. En 1842, il est affecté, avec le grade de chef d’escadron, au 4e régiment de Chasseurs d’Afrique (en remplacement et par permutation avec M. Houdaille). En 1843, il est placé à la tête du Corps de cavalerie indigène, puis, le 5 août 1845, colonel commandant le 1er régiment de Spahis. Il occupe ce grade de colonel lorsque la Révolution de 1848 éclate. Ses états de service mentionnent en particulier l’engagement de Sidi ben Yakoub et Ouled Khalfa (1840), Sidi Lakhdar (1841), la Chiffa et la lutte contre les tribus ben Ismaïl et Ouled el-Aziz (1842), le combat des Taourga (1844), la campagne du duc d’Aumale à Bougie (1847), l’expédition chez les Ouled Naïl (1849). En novembre 1847, à Bordeaux, il épouse Catherine Caroline Mac Carthy-Reagh, nièce de Bugeaud. La dot de Catherine-Caroline est estimée à 150.000 francs d’immeubles produisant un revenu annuel de 5.000 francs, et « les espérances de fortune sont évaluées à la somme de 240.000 francs ». La même année Eugène Daumas est promu commandeur de la légion d’honneur et chevalier de l’ordre de Saint Joseph (de Toscane). Ses connaissances ethnographiques et politiques accélèrent sa nomination au garde de général de brigade, « à la disposition du gouverneur général de l’Algérie », officialisée le 13 janvier 1850. Elles lui valent, dans l’armée comme dans la société civile, le statut de spécialiste de l’Algérie et indirectement de la colonisation. Cette reconnaissance se traduit par des nominations successives, tout d’abord dès le 20 avril 1850, au poste de chef du service de l’Algérie au Ministère de la Guerre, par décret signé à l’Elysée par Louis-Napoléon Bonaparte. Marque de confiance supplémentaire, il est nommé commissaire auprès de l’Assemblée Nationale pour la discussion du budget de 1850. Daumas, à la différence de La Moricière, Changarnier ou Cavaignac, est favorable au Prince-Président. C’est un tremplin pour sa carrière. En octobre 1851, il participera à la répression des troubles dans Paris. Sous le Second Empire, parallèlement à l’exercice de ses fonctions militaires, il devient un haut fonctionnaire bénéficiant de la faveur marquée de Napoléon III. En l’espace d’une année, l’Empereur va le nommer successivement conseiller d’Etat (26 janvier 1852, en service ordinaire hors section), directeur des Affaires de l’Algérie (1852) et général de division (1er janvier 1853). Daumas a, au fond de lui-même, la profonde conviction de la résistance de la société algérienne à la colonisation française. Il ne s’opposera cependant pas à la volonté de l’empereur et au renforcement du régime colonial. Daumas est également nommé sénateur (12 août 1857) et élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur (28 décembre 1857). Il habite alors 10 rue de Bellechasse. A la disposition de Son Altesse Impériale le prince chargé du Ministère de l’Algérie et des Colonies (31 juillet 1858), nommé commandant de la cavalerie à Lunéville (1858), Inspecteur général du 8ème arrondissement de cavalerie (1859), commandant la 14e division militaire, à Bordeaux (1860), inspecteur général en 1861, 1863 et 1867. En 1867 il est inspecteur du 13ème arrondissement de cavalerie, qui comprend les diverses unités de Chasseurs d’Afrique. Il est relevé de son commandement pour raison de santé et placé dans le cadre de réserve en 1868. Mobilisé dès la déclaration de guerre, le 19 juillet 1870, il prend le commandement de la 14ème division militaire (Bordeaux), mais trois semaines plus tard il est relevé et placé, pour « motif de santé », définitivement dans la réserve. Il meurt à Camblanes ou il est enterré, avec son frère Jules, puis transféré à Givry dans la tombe paternelle.

De 1848 à 1852, Eugène Daumas a joué un rôle particulier auprès de l’émir Abd-El-Kader, qui s’est constitué prisonnier auprès des Français (demandant l’aman, dans la terminologie arabe) après avoir reçu la promesse, non-respectée dans un premier temps, d’être autorisé à s’exiler au Moyen-Orient. Abd-El-Kader est conduit au fort de Toulon le 8 janvier 1848. Dès le 12 janvier, le général Trézel, ministre de la guerre, ordonne à Eugène Daumas, colonel du 1er régiment de Spahis et alors en congé à Paris, de se rendre sans tarder à Toulon auprès de l’émir. Sa mission est très claire : il doit amener l’émir à « renoncer par lui-même à l’exécution de la promesse qui lui a été faite d’être transféré à Saint-Jean d’Acre ou Alexandrie. Il devra rappeler à Abd-El-Kader la manière généreuse dont l’aman lui a été accordé, et surtout lui faire comprendre que le gouvernement sera tout disposé à répondre honorablement à toute marque de confiance et de soumission sincère qu’il donnerait au roi des Français en remettant à sa haute sagesse, à sa générosité, le soin d’assurer son avenir ». Eugène Daumas arrive à Toulon le 18 janvier dans la soirée ; il rencontre l’émir dès le lendemain à huit heures. « Abd-El-Kader a paru véritablement heureux de retrouver une vieille connaissance », écrira-t-il à Trézel ; il n’osera cependant pas dans un premier temps révéler à l’émir le refus des autorités françaises de l’autoriser à s’exiler, et le véritable but de sa présence. Pour exercer sa fonction, Eugène s’installe au fort avec son épouse, Catherine Mac Carthy-Reagh. Sa mission prendra fin en avril avec le transfert au château de Pau de l’émir et de sa suite. Il apprend alors avec soulagement qu’il doit rejoindre son régiment en Algérie car, écrira-t-il à son ami Rivet : « ce que je sais, c’est que jamais le colonel Daumas ne sera le geôlier d’un homme comme Abd-El-Kader ». Trois mois et demi de vie commune ont permis aux deux hommes de se connaître davantage. Une amitié profonde est même née, que l’émir exprime dans une lettre du 23 avril : « (...) je vous dirai que dans l’union, la fraternité et l’intimité ont pris racine entre nous ; car notre amitié est tellement visible qu’elle ressemble à une haute montagne, sur le sommet de laquelle un immense phare serait placé. J’ai appris que vous alliez me quitter et m’abandonner (...). Pendant tout le temps que j’ai passé avec vous, il me semblait n’avoir point quitté mon pays, ni m’être éloigné de mes amis. Mais dès que vous m’aurez quitté, je vais me trouver chez l’étranger ». Daumas sera par la suite de toutes les entrevues entre l’émir et Louis-Napoléon (il sera de même à la gauche d’Abd-El-Kader lors de la grande parade militaire faite en l’honneur de ce dernier à Satory). Le 25 janvier, avant de quitter définitivement la France, Abd-El-Kader écrit une lettre d’adieu au général Daumas : « Je fais des voeux pour que plus tard Dieu vous bénisse. Je ne puis oublier votre amitié (...). Soyez assuré que je ne m’écarterai point de vos conseils, non plus que des volontés que vous connaissez du sultan (sic) Napoléon ». Eugène Daumas aura par la suite une correspondance suivie avec lui, ne cessant de la questionner sur les moeurs de l’Algérie ou sur les chevaux.

Contrat de mariage, novembre 1847. Eugène Daumas est alors colonel du 1er régiment de Spahis et directeur central des Affaires Arabes à Alger. Ce dernier a été autorisé à ce mariage par le ministre de la Guerre le 6 septembre 1847, à la suite d’une analyse favorable de la situation matérielle de la promise. (La dot de Catherine-Caroline Mac Carthy ayant été estimée à 150.000 francs d’immeubles produisant un revenu annuel de 5.000 francs ; de surcroit, « les espérances de fortune sont évaluées à la somme de 240.000 francs »).