Guy de Rochefort

Guy le Rouge

Guy de Montléry

comte de Rochefort en Yvelines
seigneur de Gournay sur Marne, de Crécy, de Châteaufort et de Bréthencour
  • Décédé en mars 1108

Parents

  • Gui de Montlhéry, Gui Ier de Montlhéry (ca 1015 - 1095), seigneur de Montlhéry, châtelain de Rochefort-en-Yvelines, forestier du Roi Robert
  • Hodierne de Gometz (1020 - 1074), dame de La Ferté-Allais

Famille

Occupations

Notes

Dit "le Rouge" à cause de la couleur de ses cheveux, second fils de Guy Ier de Montlhéry et d’Hodierne de La Ferté, devint comte de Rochefort par son mariage avec Adélaïde, héritière de cette terre. Il en portait le nom dès 1063, lorsqu’il souscrivit, à côté de son père, les deux chartes royales octroyées à Saint-Pierre de Hasnon (M. PROU, op. cit., p. 63, n°°22 et 23.).

Il molesta les religieux de Saint-Benoît-sur-Loire qui possédaient le prieuré de Sonchamp dans le voisinage de Rochefort: sur les remontrances de son père, il renonça aux coutumes qu’il prélevait injustement sur leurs terres, ce qui fut sanctionné par un diplôme de Philippe 1er en 1067 (M. PROU, op. cit., p. 98; Chartes de Saint-Benoît-sur-Loire, I, n°77).

Il assigna à la léproserie du Grand-Beaulieu, près de Chartres, cinq soudées de fer à prendre annuellement sur sa ville forte de Rochefort (R. MERLET et M. JUSSELIN, Cart. de la léproserie du Grand-Beaulieu, p. 68.).

Au moment de la retraite de son père à Longpont, Guy le Rouge reçut Gournay et le tiers de Châteaufort: suivant la coutume assignant les biens maternels aux cadets, il eut La Ferté-Baudouin et Gometz-le-Châtel; un peu plus tard, il hérita des droits de sa tante Adélaïde de La Ferté et réunit ainsi entre ses mains la totalité de la châtellenie.

Vers 1079, devant Jean de Grandpont, doyen de Notre-Dame de Paris, Guy, seigneur de La Ferté, et Adélaïde, son épouse, dominus Guido de Firmitate et uxor ejus Adeleisda, donnèrent au chapitre toutes les coutumes justes et injustes qu’ils percevaient dans la terre d’Itteville, au Bouchet et à Saint-Aubin, avec les droits de garenne et de voirie, ainsi que les vignes du Bouchet (GUÉRARD, op. cit., I, 324. [Traduction littérale: “monseigneur Guy de la Ferté et son épouse Alais.” (B.G. 2007)]): parmi les nombreux témoins des deux contractants qui souscrivirent l’acte, on relève Bernoal Potin et son fils Baudouin, qui [p.50] donneront l’église de Cerny aux moines de Morigny (L. MIROT, Chronique de Morigny, p. 4. — Peut-être faut-il l’identifier avec le très noble Bernoal qui donna à la même abbaye l’église de Guigneville; sa femme, Mahaud, un encensoir et un calice d’argent doré; un de leurs fils, Lisiard, le grand vitrail du chevet de l’église (ib., p. 3).), Robert Galeran, père de Thierry, qui construira l’église de La Ferté, Anseau de Bruyères, Roscelin de Mœurs, le prévôt Landry, le voyer Guérin, etc...

Suger n’aimait guère Guy le Rouge et, lorsqu’il entreprend d’exposer ses démêlés avec le roi Louis VI, il le désigne avec une antipathie non déguisée: un certain de La Ferté-Baudouin, quidam de Firmitate Balduini (SUGER, Gesta Ludovici Grossi, éd. Lecoy de la Marche, p. 50).

Pourquoi feindre d’ignorer le premier officier de la couronne? Guy le Rouge fut cependant un des hommes les plus éminents de son époque, tant à cause de sa puissance et de sa valeur que par le grand crédit dont il jouit auprès des rois de France et les services signalés qu’il rendit à la monarchie encore mal affermie des premiers Capétiens.

En 1091, à l’instar de son aïeul maternel, il devint sénéchal de France, comme le prouve une charte du roi Philippe Ier, munie du Signum Widonis dapiferi de Rupeforti (M. PROU, Actes de Philippe Ier, n° 127. [Traduction littérale: “Marque de Guy sénéchal de Rochefort” (B.G. 2007)]).

Il fut chargé par le roi de négocier avec l’évêque de Chartres et d’obtenir de lui, par promesses ou menaces, une lettre au pape, favorable à son union avec Bertrade de Montfort: on a conservé deux lettres de 1093 et 1095 dans lesquelles ce prélat répondit par un refus catégorique à ses instances (Histor. de France, XV, 78 et 85; X 702. — L’une accuse réception d’un message transmis par son neveu, Ébrard du Puiset.). Il échoua devant sa fermeté et, le 18 novembre 1095, Philippe Ier fut excommunié au concile de Clermont.

Guy le Rouge doit encore être reconnu dans le sénéchal Guy, qui souscrivit un diplôme en 1092, un en 1094 et un autre à la fin de l’année 1095 (Gallia Christ., II, col. 110. — M. PROU, op. cit., n°° 128, 132, 135.).

L’année suivante, il se démit de ses fonctions pour prendre part à la croisade. Dans les premiers jours de juin 1101, on constate sa présence à Nicomédie. Le 5 août suivant, il faisait partie d’une troupe de croisés qui livra bataille aux Turcs [p.52] près d’Amasia. Les survivants de ce combat, et, parmi eux, Guy de Rochefort, gagnèrent Constantinople. Après quoi, on ne sait si Guy retourna en Palestine ou rentra en France (Rec. des histor. occidentaux des Croisades, IV, 563. — HAGENMAYER, Chron. de l’hist. du royaume de Jérusalem (Revue de l’Orient latin, X, 450-456).). Comme le dit Suger, il revint couvert d’honneur et de gloire (SUGER, op. cit., p. 25.).

La chronique de Morigny raconte tout au long les circonstances d’un plaid tenu à Rochefort dès son arrivée: son vassal, le chevalier Bonard, n’avait pas voulu délivrer aux religieux la terre de Gommerville, léguée par son beau-frère Garsadoine, et s’était rendu coupable de nombreuses violences: il dut faire amende honorable et renoncer à ses prétentions (L. MIROT, Chronique de Morigny, p. 41.). Les moines de Longpont traduisirent également devant son tribunal Simon, fils de Gaucher, qui leur contestait l’usage dans les bois et la rivière d’Orsay: ils furent maintenus en saisine de leurs droits (Cart. de Longpont, n° CCLVIII.).

A son retour de Terre-Sainte, vers 1104, Guy le Rouge fut rétabli dans l’office de sénéchal qu’il avait exercé une première fois, dit Suger (SUGER, op. cit., p. 25.). Pour se conserver à tout prix son amitié et son appui, Philippe Ier imagina de fiancer le prince Louis avec la fille du sénéchal, Lucienne, non encore nubile (SUGER, p. 26. A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n° 32.). Cette puissance, qui confisquait à son profit l’autorité royale, suscita l’ombrage et la jalousie des frères de Garlande, chez lesquels l’ambition, la cupidité et l’esprit militaire se trouvaient à un aussi haut degré que chez leur rival. L’orage n’allait pas tarder à éclater.

Sur ces entrefaites, le château de Montlhéry était passé sous la garde du roi par le mariage de la fille de Guy Trousseau. Son frère, Milon II de Bray, qui avait des prétentions sur ce château, voulut s’en emparer avec l’aide des Garlande alors disgraciés. Ayant noué des intelligences avec les habitants de Montlhéry, il entra dans la ville, accompagné de Lithuise, sa mère, et décida les habitants à assiéger le donjon occupé par les troupes royales. Guy le Rouge négocia avec les Garlande et les détacha de Milon en leur promettant leur rentrée en grâce à la cour: Milon désespéré s’enfuit. Louis, arrivé à Montlhéry, ratifia la paix conclue par son sénéchal avec les Garlande, mais, pour éviter le retour de semblables tentatives, démantela la ville en ne laissant subsister que la tour (1105) (SUGER, p. 27. — A. LUCHAIRE, Annales de la vie de Louis VI, n° 34.).

En 1106, à Senlis, Guy le Rouge assista au jugement du procès entre les chanoines de Saint-Corneille de Compiègne et Nivelon II, [p.53] seigneur de Pierrefonds (Arch. nat., LL 1622, f°45. — Bibl. nat., coll. Moreau, XLII, 246. — A. LUCHAIRE, op. cit., n°39.).

Au milieu de l’année, il résigna ses fonctions en faveur de son fils, Hugues de Crécy. A Melun, après le 29 août, il souscrivit le diplôme confirmant les privilèges de Saint- Benoît-sur-Loire (M. PROU, Chartes de Saint-Benoît, I, 254. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 42).

En mars 1107, il fut envoyé à La Charité-sur-Loire pour recevoir le pape Pascal II, qui était entré en France, et l’assurer du dévouement de ses souverains (Histor. de France, XII, 777 ; XIV, 120. — A. LUCHAIRE, op. cit., n° 46.).

Le 23 mai, au concile de Troyes, par les menées des Garlande, le pape prononça, sous prétexte de consanguinité, la dissolution du mariage entre l’héritier de la couronne et Lucienne de Rochefort (Histor. de France, XII, 281. — SUGER, p. 32. A. LUCHAIRE, op. cit., n°50.).

Guy le Rouge en fut si touché qu’il se retira de la cour et se jeta dans l’opposition avec son fils Hugues. Il ne survécut pas longtemps à sa disgrâce:

il mourut avant le mois d’août 1108 et fut enterré au prieuré de Gournay: son obit était célébré le 9 mars à Longpont (A. MOLINIER, Obituaires, I, 525.).